11 Décembre 2022. Times Square, New York. Plus de 10 000 Marocains dansent, lancent des « Allez ! Allez ! » à tue-tête, maillot sur le dos, drapeaux du pays entre les mains et fumigènes rouges craqués, pour célébrer la victoire des Lions de l’Atlas en quart de finale de la coupe du monde face au Portugal, qui leur permet de devenir la première nation africaine et arabe de l’histoire à accéder au dernier carré du tournoi.
Au milieu de la foule, bob « Maroc » vissé sur la tête, French Montana est heureux comme un enfant, et célèbre ce moment d’histoire comme un simple fan. « J’ai fait des concerts dans les plus grandes salles du monde. Je suis pote avec Jay-Z, Beyoncé, Swizz Beats, Alicia Keys et plein de monde du milieu de la musique et des arts. Je suis allé faire la fête dans des endroits fous, mais ce moment à Times Square, cette communion avec les miens, ça a été l’un des plus beaux jours de ma vie. C’était dingue ! Voir la fierté marocaine visible et partager cette joie avec des livreurs, des peintres en bâtiment ou des financiers… on était ensembles, unis et fiers. Ce jour-là, je me suis senti comme le Marocain le plus fier du monde ! » se souvient-il, tout sourire.
Du Maroc aux États-Unis
Mais de Casablanca à la Grosse Pomme, le chemin a été long et semé de galères qui ont construit celui qui est devenu l’une des figures incontournables de la scène rap mondiale. Né à « Casa » en 1984, Karim Kharbouch grandit avec l’un de ses frères et ses parents dans la banlieue de la ville, et vit une enfance assez tranquille, même si la situation précaire de la famille préoccupe son père.
Il grandit ballon au pied, lui, fou de football, et se passionne pour la musique, et le rap en particulier, en écoutant des sons d’artistes américains comme Tupac et Notorious B.I.G, sans oublier ceux de rappeurs français, comme IAM et NTM. « J’écoutais des sons des US qu’on s’échangeait avec des amis et qui étaient des CDs piratés. Les sons de rap français, mes cousins qui vivaient en France nous amenaient des CDs ou des mixtapes qu’on mettait à fond dès que la famille venait en vacances au bled », précise-t-il.
Mais le quotidien devient de plus en plus difficile, et le chef de famille décide de faire partir toute la fratrie à New York, pour donner un avenir meilleur à ses fils. En 1997, la famille Kharbouch traverse l’Atlantique, et s’installe dans le Bronx. Un changement radical dans la vie du jeune Karim, qui ne parle pas un mot d’anglais en arrivant au pays de l’Oncle Sam. « La transition a été compliquée. Mais j’ai une nature débrouillarde. Donc j’ai appris rapidement avec des voisins et en allant au lycée, même si j’ai décidé, 4 ans plus tard, d’arrêter ma scolarité pour me lancer dans le rap. J’ai vu une opportunité qui se présentait à moi et mes premiers sons ont eu de super retours pour quelques gars du milieu. Je me suis lancé dans mon rêve à 2000%, sans hésiter », se rappelle-t-il.
En 2002, il se lance en faisant des battles dans le Bronx et en vendant des DVD d’une série urbaine qu’il réalise, Cocaïne City où il interviewe des artistes sur les actualités rap du moment. Il travaille aussi sur diverses mixtapes, mais un soir de 2003, alors qu’il sort d’un studio dans le Bronx, il est pris à partie par deux hommes et prend une balle qui traverse sa nuque. « J’ai touché le fond. Cette épreuve m’a donné encore plus de force, et ça a été un signe du destin pour moi » précise-t-il. Passé très près de la fin, le rappeur marocain se remet rapidement à écrire des textes et à travailler sur des sons. Sa montée en puissance ne fait que commencer.
Akon, DJ Khaled, Rick Ross, Diddy: French Montana travaille avec les plus grands
Le rappeur se rétablit rapidement et il enchaine les mixtapes qui inondent les rues de New York et de la côte Est, dont le French revolution Volume 1 sur laquelle il invite Rick Ross. Il signe ensuite sur le label Bad Boy Records de Diddy, en 2011.
Un an plus tard, il décide de rejoindre le giron d’Akon, rappeur américain d’origine sénégalaise, qui lui propose de sortir un album. « Ma rencontre avec Akon a été un moment important de ma vie. Il m’a appris beaucoup, et mon conflit avec le label précédent m’a empêché de poursuivre ma collaboration avec lui. La leçon retenue dans tout cela, c’est que dans un milieu de la musique où les égos et les conflits sont fréquents, pour des bonnes ou des mauvaises raisons, ma relation avec Akon a toujours été au top. Quand il a su que je ne pouvais plus bosser avec lui, il m’a dit que tout allait bien se passer, comme un grand frère qui se sépare de son petit frère et qui lui dit qu’il pourra toujours compter sur lui. C’est un frère pour moi », souligne-t-il.
French Montana lance son premier album en 2013, Excuse my French, où il y invite Nicky Minaj, The Weeknd, mais aussi DJ Khaled. Le succès est immédiat, et les ventes explosent, faisant de son album le 4e plus vendu du pays. Il poursuit les collaborations et tout le monde veut l’avoir sur ses propres sons.
En 2016, il pose ses lyrics sur All the way up de Fat Joe et Remy Ma, un succès planétaire. La vague French Montana déferle sur la planète rap. Mais l’artiste sait que tout peut aller très vite dans un sens comme dans l’autre, et poursuit sa marche en avant, en rejoignant de nouveau le label Bad Boys Record de Diddy, pour lancer son second album, Jungle Rules, en 2017.
Cet opus devient Disque de platine, et Montana, pour continuer à trouver de l’inspiration, décide d’entrecouper ses concerts et ses collaborations par des séjours au Maroc, où vit son père. « Je n’y avais pas été durant de longues années, surtout lorsque j’ai démarré ma carrière, mais le lien avec ma terre natale a toujours été là, dans mon quotidien. J’ai décidé de m’y rendre de plus en plus souvent, pour retrouver des choses simples, la famille, marcher sur la plage, manger des plats de chez moi, la vraie vie (rires)! À chaque fois que j’y vais, je reviens avec beaucoup d’idées, car ma carrière, ce n’est pas seulement pour les miens, c’est aussi pour mon pays et pour la jeunesse africaine et marocaine, pour qu’elle puisse se dire : ‘c’est possible d’atteindre ses rêves !' », affirme-t-il.
Il sort son troisième album, Montana, en 2019, mais les affaires dans lequel son nom est lié ralentissent fortement les ventes. En 2021, il sort They got amnesia qui devient Disque d’or également, mais French Montana, continue de faire la Une des journaux…et pas toujours pour les bonnes raisons.
Plusieurs fusillades se produisent proches d’endroit où il se trouve, dont la dernière en janvier 2023, en Floride lors du tournage d’un clip, faisant 10 blessés. « La police et la justice ont prouvé que je n’avais rien à voir avec ces incidents, et je suis contre la violence, car cela n’amène jamais rien de bon. Je suis juste Karim Kharbouch et je fais de la musique pour que les jeunes Marocains et Africains me voient comme un exemple, un modèle », conclut-il.