Fally Ipupa : De Roi De La Rumba À Emblème D’Une Génération

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Depuis plusieurs jours, Paris bruisse de rumeurs, Bruxelles aussi. On signale la présence de « combattants », ces militants radicaux de la diaspora congolaise qui empêchent, depuis plus de dix ans, tout spectacle d’artistes de la République démocratique du Congo en Europe. Ils accusent notamment Kinshasa de passivité face aux guerres dans l’est de la RDC, et taxent Fally Ipupa et d’autres artistes de proximité avec les autorités du pays. Leurs moindres déplacements sont scrutés par les autorités des pays concernés, comme en France, où d’importantes mesures de sécurité ont été prises afin d’empêcher les débordements. « Je n’aime pas parler de politique, je suis avant tout un artiste de divertissement », a toujours martelé Fally Ipupa. Même si l’auteur-compositeur, aujourd’hui âgé de 45 ans, continue d’user du « Libanga », ces dédicaces tarifées ou non à des personnalités insérées dans les chansons ou les concerts en signe de reconnaissance.

Désormais, ses engagements sont connus de tous, l’artiste est ambassadeur de l’Unicef pour la RDC, il participe à des chansons à visée humanitaire comme « Stop à la guerre en RDC » en collaboration avec Youssou N’Dour et Salif Keïta pour le documentaire produit par Leonardo DiCaprio, Virunga. Avec sa fondation éponyme lancée en 2013, il mène des actions concrètes sur le terrain social auprès des plus démunis. Certes, cette année, son image a été un peu écornée lorsqu’il a été aperçu aux côtés d’Emmanuel Macron, dans un maquis, bière à la main, sur une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux mais rien n’arrête Fally Ipupa, actuellement, l’unique star d’Afrique francophone capable de rivaliser avec les géants nigérians de l’Afrobeat.

L’emblème de toute une génération
Qu’importe, Fally Ipupa, le roi de la rumba devenu l’emblème de toute une génération qui vibre au son des musiques urbaines africaines, compte bien monter sur la scène de Paris La Défense Arena ce samedi 25 novembre 2023, devant, annonce-t-on, pas moins de 40 000 personnes ! En tout cas, plus qu’un concert attendu par les fans de la star, la promesse d’un véritable show à l’africaine, orchestres, invités, danseuses et danseurs promettent un événement historique en France. Un pays qui a dès les débuts placé l’artiste sur un piédestal. L’album Tokooos, paru en 2017, a été certifié disque d’or par le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP), en France, ce qui est inédit pour un artiste congolais. On ne compte plus le nombre de ses featurings avec des artistes de l’hexagone, d’Aya Nakamura en passant par les rappeurs Dadju, Booba et Ninho, ou encore tout dernièrement Mokobé, l’ex-membre du 113.

Et c’est aussi toute l’Afrique qui est à la fête, puisque, depuis près de vingt ans, Fally Ipupa de par son histoire, son parcours et ses choix musicaux, participe à décomplexer la musique africaine, la sortant peu à peu de la catégorie « world music ». Aujourd’hui, cette musique a pignon sur rue, et les artistes du monde entier se nourrissent des sonorités africaines, de la chanteuse Beyoncé – avec ses deux projets The Lion King : the Gift (2019) et le film Black Is King – au rappeur belge Damso, ou encore les artistes Drake ou Kendrick Lamar.

Enfant prodige de la scène musicale de Kinshasa
Mais qui est donc cet artiste qui affole les charts, les réseaux sociaux, et les foules ? Tout commence à la fin des années 90, à l’époque la scène kinoise ressemble à une gigantesque foire d’empoigne où tous les coups sont permis, et l’irruption de Fally Ipupa Nsimba ne passe pas inaperçue. Le jeune artiste est un membre influent du Quartier Latin international dirigé par le légendaire Koffi Olomidé, une pépinière à talents où aucune tête ne doit dépasser, au nom du respect des aînés. À l’époque, la rumba a déjà connu plusieurs mutations, et les artistes charismatiques indéboulonnables ne manquent pas, de Koffi Olomidé, bien sûr, à Werrason, en passant par JB Mpiana, et autres Papa Wemba. Fally Ipupa brise les tabous en prenant son autonomie et se distingue rapidement par sa voix suave et son style scénique charismatique. Né artiste au sein d’une famille nombreuse dans le quartier de Bandal, le centre bouillonnant de Kinshasa ,« ça dansait et chantait à l’église, à la maison, j’ai joué des congas, un peu de guitare, ma sœur a essayé de chanter un peu de gospel, ma défunte mère chantait à l’église, mon père aimait écouter de la musique », aime-t-il raconter. Ses idoles s’appellent Franco, Tabu Ley Rochereau, Wenge Musica, Lokoua Kenza, mais aussi George Benson.

Sortir la rumba des ornières
L’avant et l’après Koffi Olomidé est très clairement établi dans le parcours de Fally Ipupa. Son ascension est fulgurante dès le premier album « Droit Chemin », produit par David Monsoh, et sorti en 2006. Ce premier opus est une révélation dans le paysage musical africain et au-delà, alors que jusque-là les artistes ivoiriens de coupé-décalé dominaient les charts. Avec « Droit Chemin », Fally Ipupa n’a pas seulement lancé sa carrière solo ; il a établi un nouveau standard pour la musique africaine contemporaine. Son approche novatrice et son identité artistique unique lui ont permis de se distinguer nettement de la concurrence, faisant de lui non seulement une star en Afrique, mais un artiste reconnu sur la scène internationale.

Les chansons phares de l’album, telles que « Liputa », « Orgasy », et « Sopeka », sont des hits transcendants qui témoignent de son talent pour fusionner les genres. Ces morceaux montrent non seulement sa maîtrise de la rumba, mais aussi sa capacité à y intégrer des éléments d’afrobeat et de R & B. Ces fusions créent un son nouveau, frais et attrayant, qui parle à un public plus large.

Fally Ipupa apparaît dès lors comme le chaînon manquant entre la rumba traditionnelle et la modernité. Fally ne se limite pas à un seul genre ; il crée un pont entre différents univers musicaux, ce qui lui permet de toucher une audience diverse. À l’image de l’illustre Joseph Kabaselé Tshamala alias Grand Kallé (1930-1983), l’un des pères fondateurs de la rumba congolaise, leader de l’African Jazz. C’est lui qui a fait entrer la musique congolaise dans la modernité en faisant la jonction avec les autres musiques noires de chaque côté de l’Atlantique.

La voix de Fally Ipupa, à la fois douce et puissante, est un autre élément clé de son succès. Elle porte en elle l’émotion et l’authenticité, des qualités qui touchent directement le cœur des « warriors », surnom donné aux fans de la première heure. Ajouté à cela son style scénique, à la fois élégant et dynamique, qui en fait un performeur hors pair.

Les paroles de ses chansons, en anglais, en français et en lingala, jouent également un rôle crucial dans son succès. Elles sont souvent imprégnées de thèmes universels tels que l’amour, la souffrance, et la joie, rendant sa musique accessible eà un large public. Fally n’hésite pas à incorporer des histoires et des expériences personnelles, ajoutant une dimension d’authenticité à son travail. Ses clips vidéo travaillés reflètent également son investissement dans la construction d’un nouvel imaginaire artistique africain.

Avec Tokooos, Fally Ipupa confirme son propre style musical
Fally Ipupa se distingue par sa capacité à innover et à fusionner différents genres musicaux. Son album Tokooos, dérivé du lingala kitoko (« ce qui est beau, bien ») sorti en 2017, marque un tournant avec des collaborations internationales, y compris avec des artistes comme Wizkid et R. Kelly. Ce mélange de cultures musicales positionne Fally comme un artiste transversal, capable de relier la musique africaine au monde globalisé. « Rien ne peut empêcher la force de la lumière », confiait-il au sujet de l’influence des musiques de son continent dans la pop d’aujourd’hui. Et de développer : « Je savais que ça allait arriver, que des artistes américains demanderaient des collaborations avec des artistes du Congo, du Nigeria, de Côte d’Ivoire, je le sentais. Quand on (se produisait) pour les BET, les Grammy, les artistes américains étaient surpris. On a encore du chemin à faire mais le respect commence à s’installer. »

Fally est aussi connu pour son sens de la mode distinctif, combinant l’élégance traditionnelle africaine avec des tendances modernes. Il influence non seulement la musique mais aussi la mode africaine, inspirant une génération à embrasser leur identité culturelle tout en étant ouverte au monde.

Le Concert à Paris La Défense Arena : Un Sommet Artistique
Avec la sortie de son septième album, Formule 7, en décembre 2022, celui que l’on surnomme « L’aigle du Congo » propose un retour revendiqué à la rumba en 18 chansons. Un rythme effréné que rien ne semble pouvoir arrêter.

Le concert de Fally Ipupa à la U Arena n’est pas qu’un événement musical ; c’est la concrétisation d’un parcours exceptionnel, un rêve devenu réalité. Il symbolise l’ascension d’un artiste parti de rien pour devenir une superstar mondiale. Ce concert est aussi un message fort pour les jeunes artistes africains, prouvant que le talent, le travail acharné et la passion peuvent mener au sommet du monde musical.

SourceLe Point
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