La Chine a été ciblée par les dirigeants du G7, vendredi en Italie, pour son soutien à Moscou et sa politique commerciale, alors que le pays impose des restrictions sur les exportations de minerais cruciaux pour des secteurs comme les véhicules électriques et les télécoms.
De sévères réprimandes. À la fois partenaire incontournable et redoutable concurrente des grandes démocraties de la planète, la Chine a reçu une volée de bois vert de la part des dirigeants du G7 vendredi 14 juin en Italie, accusée de fausser les règles du commerce international et de soutenir la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine.
Dans la déclaration finale publiée vendredi soir, le « Groupe des 7 » (États-Unis, Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni, Canada, Japon) a dit vouloir « agir ensemble pour promouvoir la résilience économique, lutter contre les politiques et les pratiques non commerciales qui compromettent l’égalité des conditions de concurrence et notre sécurité économique, et renforcer notre coordination pour relever les défis de la surcapacité mondiale ».
Joe Biden, Olaf Scholz, Emmanuel Macron et leurs homologues réunis en sommet depuis jeudi à Borgo Egnazia, près de Bari, dans le sud de l’Italie, s’inquiètent du risque posé aux marchés mondiaux par la hausse des exportations chinoises de produits à bas coût, alimentée par des subventions aux nouvelles technologies, notamment dans les secteurs de l’énergie photovoltaïque, des véhicules électriques et des batteries au lithium.
Tout en disant « aspirer à des relations constructives et stables avec la Chine » dont ils reconnaissent « l’importance dans le commerce mondial », les dirigeants du G7 expriment leur « préoccupation face aux « politiques et pratiques hors marché » qui entraînent des « conséquences au niveau mondial, des distorsions de marché et une surcapacité néfaste dans un nombre croissant de secteurs ».
« Synchronisation » des économies
« Nous défendons une concurrence mondiale juste », a écrit sur X la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Face à la surproduction chinoise, les pays du G7 et Bruxelles aligneront « leurs réponses » sur la question des surcapacités industrielles, a-t-elle promis.
À l’issue du sommet, Emmanuel Macron a lui aussi évoqué un besoin de « synchronisation » des économies des pays du G7, en particulier celles des Etats-Unis d’un côté, de l’Europe de l’autre. Les réponses à la Chine « ne doivent pas conduire à une concurrence entre les membres du G7 et une discussion a été décidée sur la question des subventions dans nos économies », a-t-il dit à des journalistes.
Le G7 exhorte aussi Pékin à « s’abstenir de (…) mesures de contrôle des exportations, en particulier sur les minerais critiques, qui pourraient générer des perturbations significatives de la chaîne d’approvisionnement mondiale », alors que le pays impose des restrictions sur les exportations de minerais cruciaux pour des secteurs comme les véhicules électriques et les télécoms.
En représailles aux importations massives de véhicules électriques chinois dans l’UE, qui menacent les constructeurs européens, Bruxelles a annoncé mercredi jusqu’à 38 % de droits de douane supplémentaires, très loin, toutefois, des 100 % de droits annoncés en mai par le président américain Joe Biden.
« D’accord pour agir ensemble »
Réagissant à l’annonce de l’UE, la Chine a annoncé jeudi qu’elle « se réserve le droit » de porter plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) « et de prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre résolument les droits et les intérêts des entreprises chinoises ».
Le G7 évoque aussi dans son projet de déclaration l’aide chinoise à l’effort de guerre russe, la situation militaire et diplomatique dans la zone « indopacifique » avec en point de mire les contentieux territoriaux entre Pékin et ses voisins, dont Taïwan, et la sécurité des voies maritimes en mer de Chine méridionale.
« Nous appelons la Chine à cesser de transférer (…) des composants d’armes et des équipements qui alimentent le secteur de la défense russe », indique la déclaration.
« Nous sommes solidaires pour soutenir le combat de l’Ukraine pour sa liberté et sa reconstruction aussi longtemps que nécessaire », affirment les chefs d’État et de gouvernement, qui ont reçu jeudi le président ukrainien Volodymyr Zelensky et lui ont promis 50 milliards de dollars (47 milliards d’euros) tirés des revenus des avoirs russes gelés.
Le G7 est « d’accord pour agir ensemble » contre la fourniture par Pékin à Moscou de « matériels nécessaires pour sa machine de guerre », a affirmé jeudi le président Joe Biden au cours d’une conférence de presse commune avec Volodymyr Zelensky.
Ce dernier a toutefois assuré que le président Xi Jinping lui avait « donné sa parole », lors d’un entretien téléphonique, que Pékin ne vendrait pas d’armes à la Russie.
L’avortement absent des engagements du G7
Le G7 a accueilli des chefs d’État et de gouvernement non membres, dont l’Indien Narendra Modi, Abdallah II de Jordanie, le Turc Recep Tayyip Erdogan, l’Argentin Javier Milei et le Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva.
Le pape François est également venu disserter en milieu de journée sur l’intelligence artificielle, mettant en garde contre l’usage militaire de l’IA, appelant à interdire les « armes autonomes létales ».
Par ailleurs, le projet de déclaration finale n’inclut aucune référence directe au droit à l’avortement. Un changement de taille par rapport au dernier sommet d’Hiroshima, au Japon, en 2023, quand le communiqué avait affiché leur attachement à « l’accès à un avortement sûr et légal et à des prestations de soin post-avortement ».
Le sujet a donné lieu à un bras de fer en coulisses entre les délégations. Les États-Unis, la France et l’Union européenne, notamment, souhaitaient conserver cette formulation. Paris voulait même la renforcer.
Blocage face au veto italien : le dossier remonte au niveau des dirigeants, et la Première ministre italienne, à la tête d’une formation ultraconservatrice et qui assure la présidence tournante du G7, refuse même catégoriquement d’écrire à nouveau noir sur blanc la formulation agréée l’an dernier.
Interrogé par la presse sur l’absence du mot « avortement », le président français a dit « le regretter » tout en « respectant » une politique qui dérive du « choix souverain » des Italiens.