un million c’est quoi ?

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En début février, Spirita Nanda s’est propulsée à la première place des artistes du Congo Brazzaville ayant le plus d’abonnés sur Facebook. Avec un joli score de plus d’un million d’abonnés atteint du jour au lendemain sur sa page, celle que l’on surnomme la Diva ou encore la Mama a ainsi relégué au second rang Roga Roga (+ de 500 000 abonnés) et renvoyé Nestelia Forest (+ de 110 000 abonnés) ou Sam Samouraï (+ de 90 000 abonnés) à des rôles de simples figurants dans le paysage musical congolais.

Répondant donc aux questions de Loïc Djembo, la chanteuse s’est ainsi justifiée de ce million d’abonnés tombé du ciel sur sa toute nouvelle page : « Un million c’est quoi ? Les chiffres n’ont pas d’importance, il s’agit seulement d’une opération de sponsoring, qu’importe le nombre d’abonnés ou de like, ce qui est important c’est ce que je fais musicalement, le reste c’est du business, j’en profite pour signaler que je suis en préparation d’un double album ».

Des chiffres sans importance ? On est loin d’en être totalement convaincu. Ne sont-ils pas des indicateurs de notoriété auxquels se référent public, médias, professionnels de la musique et marques commerciales désireuses de communiquer à travers la renommée des artistes ?  Naturellement, les liens sponsorisés sur les réseaux sociaux, quand bien même ils ne reflètent aucunement une communauté fiable de followers – avez-vous entendu parler des robots ? –  existent. Mais ce soudain million est d’une toute autre ampleur. Sous ses trompeuses apparences, il décrédibilise à sa manière l’ensemble de la culture et nul ne saura désormais à quel Saint se vouer pour mesurer avec discernement le succès d’un titre impacté par les réseaux sociaux.  Si l’on ajoute que les différents Hits au Congo sont sujets à être classés selon la monnaie encaissée, que les avalanches d’Awards prêtent trop souvent à polémique,  chacun y perdra son latin, son français, son lingala ou son kituba. Et de se poser la question : les artistes ne sont-ils pas tenus à une certaine éthique et authenticité ?

C’est une vérité qui blesse, le marasme culturel où baignent hélas les artistes en tous genres du Congo Brazzaville conduit à une soif de reconnaissance qui invite à l’apparence et parfois au dérapage.  Cela ne semble émouvoir personne, du simple citoyen jusqu’au ministère de la Culture qui, par ailleurs, s’enorgueillit malgré tout de l’inscription de la rumba congolaise au patrimoine culturel de l’Unesco.  C’est déjà ça.

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