Abel Selaocoe, l’ovni sud-africain de la musique classique

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Sur scène, il joue de son archet virtuose, de son chant polymorphe modulé en plusieurs dialectes (xhosa, bambara, zoulou…), de son corps-percussions et même des cris du public, exhorté à s’exprimer avec ferveur, pour donner des concerts qui tiennent autant de la performance que de l’exultation. Abel Selaocoe (prononcer « Sélaotchoué »), prodige du violoncelle et improvisateur charismatique, est le nouvel ovni de la musique classique. Grandi dans un township sud-africain et issu du meilleur sérail académique de Manchester, cet instrumentiste brillant, fan de Bach et de polyphonies zouloues, navigue à la croisée de deux mondes, enchaînant les récitals en solo et les projets avec des orchestres philharmoniques, des musiciens traditionnels africains, des jazzmen ou des beatboxeurs. En attendant son premier album, qui sortira en septembre, et des concerts avec l’Orchestre national de Bretagne, il célèbre l’Afrique avec le trio Chesaba, à Lyon et à Grenoble, où il est invité par les Détours de Babel. Il revient pour nous sur son parcours hors norme.

J’ai eu la chance, enfant, d’intégrer un programme qui proposait aux enfants des townships de jouer en orchestre le dimanche pour leur éviter de traîner dans les rues. Mon frère aîné, qui jouait déjà du basson, avait compris que pour des enfants modestes comme nous, il ne suffisait pas de bien travailler à l’école pour réussir. Très tôt, il m’a poussé à découvrir le talent qui me distinguerait. À 11 ans, j’ai choisi le violoncelle, pour sa musicalité et son échelle de notes. Mon père, mécanicien, et ma mère, femme de ménage, n’avaient pas les moyens de m’en acheter un. Nous nous partagions les instruments mis à disposition avec les autres élèves de l’orchestre. Parfois, nous n’y avions accès que le samedi pour les répétitions. Le reste de la semaine, mon frère me faisait travailler la théorie. Il me faisait écouter des cassettes de musique classique enregistrées à la radio et je les rejouais en plaçant mes doigts sur le papier, sur lequel il avait dessiné les cordes du violoncelle. J’ai appris à l’oreille avant de savoir lire la musique.

SourceTelerama
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