Ghana – patrimoine africain : un monument du panafricanisme pour se réapproprier l’histoire de l’Afrique

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Une nouvelle migration d’Africains est sur le point de se produire.

Les Maasai du Kenya et de Tanzanie, les Himba de Namibie, les Somali de la Corne de l’Afrique, les Zulu d’Afrique australe et les Mbenga du bassin du Congo occidental – parmi de nombreuses autres communautés – pourraient bientôt se déplacer vers un nouveau foyer au Ghana.

Le plus important mouvement de masse de populations en Afrique a commencé il y a plus de 4 000 ans, lorsque d’énormes populations de locuteurs bantous ont quitté leurs habitations d’origine dans le sud de l’Afrique de l’Ouest pour s’installer dans d’autres parties du continent.

Les nouveaux migrants voyageront dans la direction opposée.

Comme leurs prédécesseurs, ils n’auront pas besoin de visas ou de documents de voyage.

Leur délocalisation n’est pas physique mais culturelle et spirituelle. C’est leur histoire (leur philosophie, leurs croyances) qui est sur le point de trouver un nouveau foyer.

Leur nouvelle résidence est située à Pomadze Hills, à Winneba. Ce site de 10 acres, situé dans la région centrale du Ghana, se trouve à environ 60 km à l’ouest de la capitale Accra.

C’est un site à contempler, avec un terrain vallonné, couvert de verdure.

Si tout se passe comme prévu, d’ici le mois d’août de l’année prochaine, ce site accueillera une impressionnante structure de six étages : le Pan African Heritage Museum.

Le site de Winneba, par lequel les “migrants” entreront dans leur nouveau foyer au Ghana, se trouve à un peu plus d’une heure de route de la porte de non-retour du château de Cape Coast. De cet endroit, des millions d’Africains ont été contraints de quitter le continent et de devenir esclaves.

Le musée, qui est en cours de construction, a un objectif clé : conserver et raconter l’histoire de l’Afrique en utilisant des voix, des outils et une culture africaine.

Les grands esprits à l’origine du projet affirment que cela est nécessaire car, pendant longtemps, l’histoire de l’Afrique a été racontée par d’autres.

Ils affirment que lorsque quelqu’un d’autre raconte votre histoire, il la raconte de son point de vue afin d’être bien vu.

Le musée cherche donc à s’approprier le récit africain en comblant ce qui, selon les fondateurs, est un fossé qui s’est creusé entre les personnes d’ascendance africaine depuis plus de 400 ans.

C’est un musée qui cherche à enseigner, à guérir et à inspirer.

Selon le président ghanéen Nana Akufo-Addo, le musée “fournira une résidence naturelle et un lieu de repos pour tous les objets culturels pillés de notre continent, qui sont conservés dans des musées étrangers et qui nous seront rendus”.

Il s’agit du dernier musée à être construit sur le continent, après ceux du Sénégal, de la République démocratique du Congo et du Nigeria, et il arrive à un moment où l’Europe accepte de plus en plus que les objets saisis en Afrique pendant l’ère coloniale soient rendus.

À en juger par la version numérique qui a été récemment lancée, le musée sera une structure étonnante qui se dressera et sera visible de loin – un monument du panafricanisme.

En tant que panafricaniste passionné, j’ai visité le musée virtuel.

Dès l’entrée, vos yeux découvrent de magnifiques œuvres d’art contemporaines réalisées par de grands artistes d’origine africaine.

Des sons apaisants de saxophone, accompagnés de douces notes de piano, vous mettent à l’aise.

Comme par magie, je suis immédiatement happée par ce magnifique tableau de l’artiste nigérian Doba Afolabi.

L’œuvre, intitulée Nite Voltron, représente un musicien passionné vidant joyeusement le contenu de ses poumons dans son saxophone.

Quelques pas virtuels plus loin, je me retrouve face à Tangled Trickster, une œuvre intrigante de l’artiste visuelle américaine Aisha Tandiwe Bell, célèbre pour son utilisation de techniques mixtes pour créer des mythes et des rituels.

Selon elle, la femme représentée sous les traits d’un trickster “résume nos identités modernes fragmentées, à traits d’union, et nos consciences multiples”.

L’idée de cibler notre identité et notre histoire africaines collectives en exploitant, célébrant et conservant la culture africaine dans un musée panafricain unique est née en 1994.

L’homme à l’origine de cette idée est Kojo Acquah Yankah, ancien rédacteur en chef du journal ghanéen Daily Graphic, qui a été député et ministre dans le gouvernement de feu le président Jerry Rawlings.

Il me dit que l’inspiration lui est venue alors qu’il assistait à la commémoration du 375e anniversaire de l’arrivée forcée des 20 premiers Africains sur la côte de Jamestown, en Virginie, aux États-Unis – le lieu de naissance de l’esclavage américain.

“Plus de 5 000 personnes d’ascendance africaine du monde entier ont participé à cet événement, célébrant leur mémoire historique”, explique M. Yankah.

“Cela m’a inspiré la création du musée du patrimoine panafricain pour unir les Africains et les personnes d’ascendance africaine et renforcer la confiance en soi des Africains en tant que peuple doté d’une histoire et d’un patrimoine riches.”

Mais pourquoi ce musée alors qu’il en existe beaucoup d’autres en Afrique ?

“Il y a moins de 2 000 musées sur le continent, contre plus de 30 000 en Europe et aux États-Unis”, explique celui qui a également fondé l’African University College of Communications au Ghana.

“Le musée est spécial car il est le seul à rassembler tout le patrimoine africain sous un même toit”.

L’architecte principal du projet est James Inedu-George, un Nigérian célèbre pour avoir su capter l’esprit des cultures africaines et l’insuffler dans ses créations.

Le symbole choisi pour le musée est une corne, outil de communication annonçant la renaissance de l’Afrique.

Le projet est financé par des dons et son coût est estimé à environ 50 millions de dollars.

Mais ses principaux partisans, dont le président Akufo-Addo, estiment que le jeu en vaut la chandelle.

“Il ne profitera pas seulement à tous les peuples du monde, mais il nous permettra également d’acquérir une conscience et une compréhension profondes des objectifs et de l’idéal du panafricanisme”.

Outre les artefacts et le matériel de recherche, le musée disposera également d’un jardin de sculptures, d’un jardin d’herbes aromatiques et d’un espace pour les festivals, les concerts, les projections de films et les expositions du monde panafricain.

Le centre d’innovation et de créativité du musée sera un espace où les jeunes pourront développer de nouvelles idées pour l’avenir après avoir visité les installations.

Le musée réservera un terrain de deux acres où il reproduira un certain nombre de royaumes africains, anciens et modernes.

Il présentera leur histoire, leur art, leur culture et s’inspirera de leurs compétences, de leur artisanat et de leurs connaissances indigènes, qui ont permis aux Africains de survivre jusqu’à aujourd’hui.

C’est là que le grand flux de “migrants” africains trouvera sa place.

M. Yankah espère que sa vision permettra de redresser notre héritage déformé.

“Notre héritage a été volé et notre confiance a été entamée par des récits paralysants de notre passé et même de notre présent. C’est pourquoi nous ne tenons pas compte des sages paroles et du savoir indigène de notre propre peuple et citons avec éloquence des sources qui nous sont étrangères pour notre vie quotidienne.”

En effet, comme l’a observé le regretté géant de la littérature nigériane Chinua Achebe : “Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur.”

Eh bien, nous, Africains, avons maintenant le stylo, le pinceau et une grande toile – il est temps de raconter notre histoire.

SourceBBC
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