La MONUSCO a-t-elle échoué ?

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Les derniers incidents à la frontière avec le Rwanda où deux civils ont été abattus par les forces de maintien de la paix ont rajouté à la colère des populations.

Pour apaiser les tensions, le gouvernement congolais a annoncé la suspension des soldats impliqués et l’ouverture d’une enquête.

Mais de nombreux acteurs estiment que la MONUSCO a failli à sa mission de protéger les populations.

Avant d’en arriver là, BBC Afrique propose de refaire la genèse de la mission en RDC.

Comment la mission a-t-elle commencé, quels étaient ses objectifs au départ ?

C’est par un long processus que la MONUC s’est transformée en MONUSCO.

La Mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC) a été créée par la résolution du Conseil de sécurité n° 1279 du 30 novembre 1999, afin d’élaborer des plans en vue de l’observation du cessez-le-feu signé en juillet 1999 à Lusaka entre la République démocratique du Congo (RDC) et cinq États de la région (Angola, Namibie, Ouganda, Rwanda et Zimbabwe), et du désengagement des forces, et de maintenir la liaison avec toutes les parties à l´accord.

Selon le site des Nations unies, tout a commencé après le génocide perpétré au Rwanda en 1994 et la formation dans ce pays d’un nouveau Gouvernement.

”Près de 1,2 million de Hutus rwandais, dont certains avaient pris part aux massacres, ont fui vers le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, deux provinces limitrophes situées à l’est du Zaïre et peuplées par d’autres ethnies, notamment des Tutsis.”

”En 1996, une insurrection dans cette région a conduit à des affrontements entre les forces dirigées par Laurent-Désiré Kabila et l’armée du Président zaïrois Mobutu Sese Seko”, renseignent les Nations unies.

”Les forces de L.D. Kabila, appelées Association des forces démocratiques de libération du Congo (AFDL) appuyées par le Rwanda et l’Ouganda, se sont emparées en 1997 de la capitale, Kinshasa, et ont rebaptisé le pays (Zaïre) République démocratique du Congo”, poursuit la source.

Mais un an seulement après l’installation de l’AFDL, en 1998, ”un soulèvement contre le gouvernement de L.D. Kabila a éclaté dans les deux provinces du Kivu. Quelques semaines plus tard, les rebelles avaient occupé une importante partie du pays.”

”L’Angola, la Namibie, le Tchad et le Zimbabwe ont proposé un soutien militaire au Président Kabila, mais les rebelles conservèrent leur emprise sur les provinces orientales”, poursuit la MONUSCO, précisant que ”le Rwanda et l’Ouganda soutenaient le mouvement rebelle, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD).”

”A la demande du Gouvernement de la République démocratique du Congo , toujours dirigé par L.D. Kabila, le Conseil de sécurité des Nations Unies a envoyé une mission de maintien de la paix, la MONUC, essentiellement composée des militaires (environ 500 observateurs militaires)”, explique le site de la représentation de l’ONU.

”Par sa résolution 1279 du 30 novembre 1999 autorisant la création et le déploiement de la MONUC, le Conseil a demandé un cessez-le-feu général et exigé le retrait des forces étrangères du sol congolais, et exhorté les États impliqués dans le conflit à ne plus intervenir dans les affaires intérieures de la République démocratique du Congo.”

Comment les objectifs ont-ils évolué au fil des ans ?

Au fil des ans, avec les réalités sur le terrain, le Conseil de Sécurité, par une série de résolutions, étendra le mandat de la MONUC au contrôle de l’application de l’accord de cessez-le-feu et lui attribuera plusieurs autres tâches connexes.

Le 18 décembre 2020, avec l’adoption de la résolution 2556, des priorités stratégiques sont attribuées à la mission.

Elle obtient dès lors les prérogatives de contribuer à ”assurer la protection des civils, d’appuyer la stabilisation et le renforcement des institutions de l’État en République démocratique du Congo ainsi que les principales réformes de la gouvernance et de la sécurité.”

”Les arguments sont manifestement son incapacité opérationnelle à protéger les civils et mettre fin par la force aux groupes armés alors qu’il s’agit justement de son mandat. Quand on voit la taille du budget et des effectifs, le bilan de l’action de la Monusco est presque insignifiant”, estime l’analyste politique Christian Moleka.

Les objectifs de la mission ont-ils été atteints ?
”Nous pensons que la MONUSCO n’a pas pu atteindre ses objectifs. Parce qu’au départ lors de la définition de sa mission en 98 lorsqu’elle a commencé comme MONUC, elle a une mission d’observation, ça veut dire qu’elle devrait observer les actes de violence et les actes de guerre posés par certains groupes armés”, soutient Jack Sinzahera, activiste au sein du collectif AMKA CONGO et CONGOLAIS DEBOUT à Goma dans la province du N0rd-Kivu.

”Pour nous, on considère que la MONUSCO, c’est le malheur du Congo. C’est la MONUSCO qui envenime, qui instrumentalise les guerres sans fin en RDC. La mission a échoué et nous on veut demander que cette mission parte”, poursuit Jack Sinzahera qui est aussi membre de la Synergie des mouvements citoyens pour la campagne Bye-Bye MONUSCO.

Pour sa part, le gouvernement a donné sa position, à travers Focus on Africa, par la voix de son porte-parole, Patrick Muyaya.

”Les gens sont très en colère contre la Monusco, pas seulement à cause de l’incident à la frontière ougandaise, mais aussi parce que la Monusco n’est pas capable de nous aider à mettre fin aux agressions du M23”, a-t-il indiqué.

”Et ce qui s’est passé dimanche est quelque chose de malheureux et de très mauvais du point de vue des Congolais qui doivent faire confiance à ces soldats de la paix de l’ONU tout en les voyant tirer sur les gens comme ils l’ont fait. C’est tout simplement incroyable. C’est pourquoi notre peuple a parlé à la délégation du gouvernement qui était là pour dire au président que nous ne voulons plus les avoir en RDC”, dit-il.

Confusion autour du mandat de la MONUSCO

En début décembre 2021, le commandant en chef des casques bleus de l’époque, le Lieutenant Général Affonso Da Costa, et le Chef d’Etat Major des Forces armées de la RDC, le Général de Brigade Célestin Mbala, ont annoncé la signature des directives opérationnelles encadrant la collaboration entre les deux armées.

Lors de la conférence de presse, les deux hommes ont laissé entendre que l’engagement des casques bleus aux côtés de l’armée congolaise allait passer à une vitesse supérieure.

Le Lieutenant Général Affonso Da Costa a expliqué que la mission onusienne avait reçu le feu-vert pour utiliser la force dans la lutte contre les groupes armés en RDC.

”Nous avons des troupes constituées de 14 pays. Tous ces pays ont donné l’autorisation aux Nations unies d’utiliser la force, pour la protection des civils, le soutien de l’armée congolaise, et le maintien de l’intégrité territoriale du Congo” a-t-il expliqué.

Ce changement annoncé a rejoint les attentes de la population exprimées via les organisations de la société civile locale depuis des années. Le Général de Brigade Célestin Mbala l’a rappélé lors de cette conférence de presse conjointe.

”Pour le peuple congolais dans son ensemble, qui espère que la directive des opérations conjointes est une occasion de l’application stricte de la force tel que prévu par le chapitre sept de la charte de l’ONU, qui sera observée par l’ensemble de la force” a déclaré le chef d’Etat Major des FARDC.

”Faut-il rappeler que jusque-là, le chapitre sept n’était réservé qu’à la FIB. Et le reste de la force avait la latitude de suivre le chapitre quatre, qui est la mission d’observation” a-t-il ajouté.

La brigade d’intervention, aussi connu sous son acronyme en anglais FIB, est une unité d’environ 3 000 hommes, qui ont un mandat offensif, celui de combattre directement les groupes armés avec les FARDC.

L’annonce faite pendant cette conférence de presse a donné l’impression que tous les autres 16 000 casques bleu avaient désormais un mandat similaire. Mais ce n’était pas le cas.

”Je pense que les déclarations lors de la signature des directives opérationnelles FARDC-MONUSCO ont été mal interprétées” a recadré Mathias Gillman, porte-parole de la mission onusienne à l’époque, dans une correspondance adressée à la BBC.

Selon lui, ”le document signé formalise le modus operandi des opérations conjointes FARDC MONUSCO, un document similaire est signé en amont de toute opération conjointe, il n’y a donc rien de nouveau.”

Cette confusion autour de ce que peut ou ne peut pas faire la Mission de l’ONU pour la Stabilisation du Congo, MONUSCO, est un facteur important dans la perception du degré de son efficacité par la population congolaise.

Pourquoi le conflit continue-t-il ?
L’analyste politique Christian Moleka est formel. Il estime que si ce conflit continue, c’est bien parce qu’il y a des gens qui y trouvent leur intérêt, au détriment du peuple congolais.

”Une économie de guerre profitable aux différentes parties en interne, comme à l’international, à tel enseigne que l’instabilité de la région semble être bénéfique à tous les acteurs excepté le peuple congolais”, affirme-t-il.

Néanmoins, Christian Moleka explique que la complexité de la question de ”la sécurité à l’est de la RDC, du fait qu’elle englobe des dynamiques à la fois locales (question foncière et identitaires), des dynamiques nationales (faibles réformes du système de sécurité et de renseignement, effondrement de l’autorité de l’Etat, mercantilisme des élites politiques et sécuritaires, instrumentalisation politique comme manœuvre politique) et des dynamiques régionales (implication directe et indirecte des Etats voisins )”, font perdurer le conflit.

A son avis, la ”bureaucratisation” de la Monusco, ”avec le plus gros budget et le plus grand effectif”, ont fait que ses capacités opérationnelles n’ont pas pu ”impacter sur la situation” en RDC.

Quels ont été les arguments en faveur de la fin de la mission ?
Les Congolais, unis comme un seul homme, exigent le départ des troupes de la MONUSCO de leur pays.

”La Charte des Nations unies parle de la mission primordiale, la sécurité des civils ; mais c’est nous le peuple congolais, on s’est levé pour dire non à cette mission”, souligne Jack Sinzahera.

”La MONUSCO est une mission des Nations unies qui prône les droits de l’homme, qui prône le respect des textes légaux mais nous au Congo, notre constitution parle de la souveraineté et nous sommes le peuple souverain. Et comme le mandat de la Monusco est de sécuriser les civils, nous les civils, nous ne voulons plus de cette protection”, poursuit l’activiste.

”Et voilà pourquoi, à la suite des incidents qui se sont produits à Kasindi, à Goma, à Butembo, on comprend que cette mission est maintenant une mission terroriste. Comment pouvez-vous nous forcer votre paix ? On ne veut pas votre sécurité”, gronde-t-il.

Le Baromètre Sécuritaire du Kivu, une initiative qui suit de près le conflit, estime que le nombre des civils tués dans des attaques armées dans ces zones entre mai 2021 et avril 2022 a doublé par rapport à l’année dernière, avec un bilan de 2 500 tués.

Les réfugiés qui ont fui leur village sont parfois la cible de ces attaques.

Au total, 11 attaques ont été enregistrées en 2021 par le Cluster Protection, pour un bilan d’au moins 151 morts.

Le fait que certains de ces sites se retrouvent à proximité des camps des FARDC et de ceux de la MONUSCO ”remettent en cause la capacité des forces de sécurité étatiques et internationales (MONUSCO) à protéger les populations civiles”, alertait le Cluster Protection dans une note de plaidoyer en date de Février 2022.

”Les attaques répétées contre les sites entachent aussi la crédibilité et la réputation de tout le système humanitaire et de protection, dans la mesure où cela révèle le manque d’efficacité des mécanismes d’alerte et de plaidoyer, à même de prévenir ce genre d’attaques”, poursuit le rapport.

”Les gens se demandent donc pourquoi nous devrions garder ces soldats de la paix de l’ONU ici alors qu’ils ne peuvent pas résoudre les problèmes d’insécurité avec notre armée”, indique Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement.

Quels sont les arguments en faveur de son maintien ?
Pour toute réaction à la campagne de dénigrement dont elle fait l’objet, la MONUSCO a rappelé le rôle qu’elle a joué dans l’atténuation des actions des groupes armés en RDC.

”Il est important de noter à cet égard qu’il y a plus de 20 ans, quand les Casques bleues ont déployé en RDC sous l’égide de la MONUC, le pays était en proie à des défis multiformes y compris la présence d’armées étrangères et de groupes armés qui menaçaient la stabilité et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo”, indique la mission.

”Les opérations conjointes décisives MONUC-FARDC contre ces groupes au Sud et Nord Kivu, dans l’ancienne province orientale, dans le Maniema ont grandement contribué à une dégradation significative de leurs opérations de terreur sur les populations civiles et d’instabilité des institutions dans ces territoires”, fait-elle remarquer.

La Mission indique également qu’au côté de nombreux partenaires nationaux, régionaux et internationaux, elle a soutenu ”le processus de paix qui a permis de restaurer l’autorité de l’Etat sur 90% du territoire, et la tenue des élections présidentielles de 2006.”

Que pourrait-il se passer maintenant ?
M. Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement a signalé que le président de la République a ”demandé au Premier ministre de préparer rapidement une table ronde entre le gouvernement et la Monusco pour faire une sorte d’évaluation de ce qui a été fait, en particulier en ce qui concerne le plan de retrait, parce qu’il y avait un plan dont le point final serait le retrait des Casques bleus de la RDC.”

Selon lui, il est de leur devoir de considérer ce que pense le peuple congolais et ”ensuite voir avec le personnel de la Monusco ce qui peut être fait pour s’assurer que nous atteignions le point de retrait de la force rapidement.”

”Permettez-moi d’être clair sur ce point. Le plan que nous avons avec la Monusco est qu’elle doit se retirer avant la fin de 2024. Après cette réunion technique, nous pourrons voir s’il est possible de retirer la Monusco avant la fin de l’année 2024, mais cela dépendra de nos conversations. C’est le premier point”, dit-il.

”Le deuxième point est que nous, en tant que gouvernement, nous travaillons quotidiennement à la réforme de notre armée et de nos services de sécurité. Nous y travaillons, mais nous ne pouvons pas avoir la Monusco toutes les années car nous l’avons eue ces 20 dernières années et le problème de l’insécurité demeure”, conclut-il.

SourceBBC
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