En colère contre l’Allemagne, le Botswana menace de lui expédier 20 000 éléphants

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Mécontent d’une possible interdiction de l’importation de trophées de chasse en Allemagne, le Botswana, qui abrite la plus grande population de pachydermes au monde, a menacé d’envoyer 20 000 éléphants à Berlin. Selon le président Mokgweetsi Masisi, la chasse permet de réguler le nombre d’éléphants avec lesquels la cohabitation est de plus en plus difficile. Un argument battu en brèche par les défenseurs des animaux.  

Dans cet entretien, le dirigeant africain affirme que les efforts de conservation ont conduit à une explosion du nombre d’éléphants dans son pays ces trente dernières années et que la chasse est un bon moyen de réguler le nombre de pachydermes.  

Alors quand Berlin souhaite interdire l’importation de trophées de chasse, Gaborone voit rouge. « Il est très facile de s’asseoir à Berlin et d’avoir une opinion sur nos affaires au Botswana. Nous payons le prix de la préservation de ces animaux pour le monde entier », a estimé Mokgweetsi Masisi.

À peine plus grand que la France, le pays d’Afrique australe de seulement 2,5 millions d’habitants est un exemple de préservation de la faune sauvage : 40 % de son territoire est classé comme espaces naturels protégés et il compte à lui seul près d’un tiers de la population mondiale d’éléphants, soit 130 000 mammifères.

Vivre avec des éléphants

Si le nombre de pachydermes a continué de diminuer sur le continent africain, il a triplé depuis le milieu des années 1980 au Botswana. Cependant, la cohabitation entre ces animaux de 6 tonnes et la population est loin d’être un long fleuve tranquille. Les éléphants n’étant pas cantonnés à des réserves, ils circulent librement, tuant à l’occasion du bétail, piétinant les récoltes ou provoquant des incidents parfois mortels avec l’être humain. La vie quotidienne avec les éléphants est particulièrement difficile dans le delta de l’Okavango où des milliers de villageois subissent les nuisances et les dangers liés à la présence d’une faune sauvage protégée.

Sous la pression des communautés locales, le président Masisi a décidé de réintroduire des quotas de chasse en 2019 après cinq années d’interdiction totale instaurée pour inverser le déclin des populations d’éléphants. Par cette décision, le Botswana s’alignait sur les pratiques de ses voisins comme la Namibie et le Zimbabwe qui autorisent la chasse à l’éléphant.

L’objectif affiché était alors de réduire le nombre de pachydermes et de les éloigner des villages. « Les éléphants sont des créatures intelligentes et ont donc évité autant que possible les zones de chasse jusqu’à ce que la chasse soit interdite », explique Dilys Roe la présidente de l’Union internationale pour la conservation de la nature, interrogée par la NBC.

Mais une fois l’interdiction en vigueur, les éléphants « ont non seulement réintégré ces zones, mais se sont également aventurés sur les terres agricoles adjacentes, causant d’énormes dégâts aux cultures et aux moyens de subsistance », ajoute l’experte.

Cependant, les associations de défense des animaux assurent que d’autres moyens beaucoup moins expéditifs existent pour contrôler les populations de cet animal iconique de la biodiversité. Exemple avec l’immunocontraception qui permet de bloquer la fécondation de l’ovule chez la femelle. Une méthode efficace qui s’est notamment répandue en Afrique du Sud. Par ailleurs, les ONG accusent la chasse de désorganiser les troupeaux et d’augmenter le risque d’attaques. 

Un permis de tuer à 35 000 euros

Au-delà de la problématique de la régulation, la chasse est aussi un bon moyen de faire entrer des devises étrangères dans le pays. Notamment en misant sur un tourisme haut de gamme, l’un des secteurs les plus dynamiques de l’économie après l’exploitation des mines de diamants dont le Botswana est le deuxième producteur mondial.

Car la chasse à l’éléphant n’est pas accessible à toutes les bourses. Transport, vivres, équipe de plusieurs accompagnateurs… les clients fortunés doivent s’acquitter de nombreux frais dont un onéreux permis de chasse s’élevant à plusieurs dizaines de milliers de dollars.

En 2020, la première vente de permis réalisée après la réintroduction de la chasse avait rapporté plus de deux millions de dollars aux finances publiques du Botswana. Il s’agissait de sept lots autorisant à tuer dix éléphants chacun, soit 35 000 euros par tête. 

Les prix peuvent s’envoler pour les spécimens les plus rares. En 2022, un chasseur sud-africain a déboursé 50 000 dollars (environ 46 000 euros au taux actuel) pour abattre un Tusker, un éléphant aux très grandes défenses, en voie de disparition. Un safari meurtrier qui, à l’époque, avait fait scandale.

Alerte sur Hyde Park

Depuis plusieurs années, les passionnés de la chasse aux grands mammifères africains sont dans le viseur de Bruxelles. Plusieurs pays européens dont la France, les Pays-Bas et la Belgique ont interdit l’importation de trophées comme la tête, la peau ou les défenses d’animaux protégés.

L’Allemagne, le plus gros importateur européen de trophées de chasse, pourrait désormais leur emboîter le pas. Au début de l’année, le ministre allemand de l’Environnement a évoqué la possibilité d’imposer des limites plus strictes à l’importation de trophées au nom de la protection de l’environnement et de la lutte contre le braconnage. 

« Compte tenu de la perte alarmante de la diversité biologique, nous avons la responsabilité particulière de tout mettre en œuvre pour que l’importation de trophées de chasse soit durable et légale », a justifié auprès du Guardian le ministère allemand de l’environnement. 

Une décision qui va appauvrir le Botswana, déplore son président dans Bild. Là encore, cet argument est remis en cause par les ONG. Car les recettes générées par les trophées ne profitent guère aux populations locales. Si le pays d’Afrique australe se classe parmi les nations les plus prospères du continent avec un PIB par habitant qui avoisine les 8 000 dollars, il est aussi l’un des plus inégalitaires au monde. 

Malgré le coup colère du président Masisi, la présence de milliers d’éléphants prenant le frais au bord du Rhin ou gambadant dans les plaines de Saxe n’est pas pour demain. « Il n’y a actuellement aucune demande officielle de transfert de 20 000 éléphants du Botswana vers l’Allemagne », a sobrement commenté un porte-parole du gouvernement allemand.

La menace farfelue du président aurait pu paraître plus crédible si Mokgweetsi Masisi n’avait pas proféré la même il y a quelques semaines. Pour protester contre un vote des députés britanniques proposant l’interdiction de l’importation de trophées, il avait promis d’envoyer 10 000 pachydermes dans Hyde Park. Sans surprise, Londres n’a toujours pas vu la moindre trompe à l’horizon.

SourceFrance 24
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