Afrique: Le Sahel à l’Aube d’une « ère humide »?

Must Read

Après des décennies de sécheresse, le Sahel pourrait entrer dans une « ère humide », selon certaines prévisions. Les pluies diluviennes qui provoquent des inondations meurtrières dans la région depuis quelques années rechargent considérablement les nappes phréatiques.

Il s’agit de l’une des régions les plus arides au monde et pourtant, elle pourrait être au seuil d’une ère humide qui mettrait fin à plusieurs décennies de sécheresse. Au Sahel, les puits se remplissent et le niveau des nappes phréatiques augmente considérablement. La région située au sud du désert du Sahara, dispose aujourd’hui de plus d’eau qu’elle n’en a eu depuis des décennies.

Le lac Tchad, qui comptait parmi les plus grandes étendues d’eau d’Afrique, est en train de se régénérer après s’être vidé de manière inquiétante sous l’effet des sécheresses. Dans une grande partie du Niger, le niveau moyen des nappes a augmenté d’environ 4 mètres, soit une hausse estimée à 15% des réserves des aquifères, d’après Yale Environment 360, magazine consacré à l’environnement publié par l’université de Yale aux États-Unis.

Un retour des pluies marquant 

Les épisodes de sécheresse de la fin du XXe siècle avaient durablement marqué le Sahel. Même dans les zones généralement bien arrosées, les conséquences du manque d’eau étaient intenses, provoquant la mort d’un million de personnes à cause de la famine et des maladies.

L'indice d'humidité au Sahel

Visualisation de la NASA de cartes globales des eaux souterraines africaines. L’indice d’humidité a largement évolué au Sahel entre 2003 et 2025.

NASA GRACE/GRACE-FO, NASA Scientific Visualization Studio, “Monitoring Global Groundwater from Space”. Adaptation : TV5MONDE

Aujourd’hui, un basculement climatique est en train d’opérer. Depuis quelques années, des pluies irrégulières mais torrentielles reviennent dans cette région semi-aride, provoquant des inondations meurtrières. En août 2024 au Sahel, les pluies diluviennes ont été supérieures de 120 % à 600 % à la moyenne des années 1991-2020, selon les données du Centre climatique régional pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Les inondations touchent alors plus de 2,5 millions de personnes en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Les pays les plus touchés sont des pays du Sahel comme le Tchad, avec 1 million de personnes impactées et le Niger, avec 300.000 personnes.

Ce retour des pluies s’explique par le renforcement d’un vent humide: la mousson ouest-africaine. Le réchauffement de l’Atlantique Nord, lié au réchauffement climatique mais aussi à la diminution des aérosols refroidissants issus des combustibles fossiles, favorise sa remontée vers le nord. La mousson provoque de plus en plus de précipitations dans des épisodes orageux extrêmement intenses.

Après la sécheresse, la recharge des nappes 

Mais ces pluies diluviennes ont aussi un effet inattendu: elles contribuent à recharger les réserves d’eau souterraines. « Dans tout le Sahel, de l’Éthiopie au Sénégal, nous disposons de données attestant d’une augmentation des réserves d’eau souterraines« , explique à Yale Environment 360 Richard Taylor, hydrogéologue à l’University College London, à l’origine de ces observations. Le chercheur a dirigé des équipes de terrain chargées d’étudier les relations entre le climat, l’occupation des sols et la recharge des nappes phréatiques dans la région. 

Fissures de la terre

Des fissures se sont formées dans le lit asséché d’un lac forestier près d’Erfurt, dans le centre de l’Allemagne, mardi 6 août 2019, à cause de la sécheresse.

Photo AP/Jens Meyer

Les sols, durcis et croûtés par des décennies de sécheresse, absorbent difficilement l’eau. Plutôt que de pénétrer dans la terre, elle ruisselle vers les rivières et les anciens lits de cours d’eau, qui favorisent son infiltration vers les nappes. Dans certaines régions, l’intensité des précipitations compte ainsi davantage que la quantité totale de pluie annuelle pour expliquer la recharge des nappes.

Le Sahel pourrait entrer dans une « ère humide »

Le processus de réhumidification du Sahel, qui a débuté dans les années 1990, s’est accéléré au cours des cinq dernières années. Les chercheurs estiment que les pluies diluviennes, mais aussi de nombreux autres facteurs, pourraient plonger le Sahel dans une « ère humide », pour la première fois depuis 5.000 ans.

Des projets menés à la surface même de la terre auraient pu influencer ce processus, comme la « Grande Muraille verte », mené par l’Union africaine et financé par la communauté internationale. L’objectif était de contrer la désertification du Sahel en restaurant 100 millions d’hectares de terres dégradées entre le Sénégal et Djibouti. 

Les chercheurs évoquent également le retour de techniques traditionnelles de collecte de l’eau et, plus paradoxalement, l’abandon de certains projets d’irrigation dans les zones impactées par la présence de l’organisation djihadiste Boko Haram, comme des facteurs susceptibles d’amplifier cette réhumidification.

Un phénomène en contraste avec l’Europe ou l’Amérique

Dans cette région qui abrite quelques 150 millions d’habitants, la quantité de pluie tombée dépend énormément de la progression vers le nord de la mousson ouest-africaine. Entre juin et septembre, ce vent humide remonte vers le nord depuis le golfe de Guinée. Si la mousson reste vers le sud, autour du 10e parallèle, le Sahel reçoit peu de pluie et entraîne sécheresse et mauvaises récoltes. Mais si elle progresse jusqu’au 15e parallèle ou davantage, elle apporte plus d’humidité et une saison des pluies plus abondante.

Une mousson plus forte ne signifie pas pour autant que chaque année sera humide partout. Sa position peut varier considérablement d’une année à l’autre, ce qui explique que certaines zones connaissent encore des sécheresses tandis que d’autres subissent des pluies extrêmes.

Le phénomène actuel au Sahel va à l’encontre du contexte mondial où, de l’Asie du Sud à l’Amérique en passant par l’Europe, des records de température sont enregistrés depuis le début de l’été et où les ressources en eau sont en train de diminuer.

SourceTV5 Monde
- Advertisement -spot_img

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

- Advertisement -spot_img
Latest News

Frankistes contre Chantalistes: L’Armée camerounaise se tribalise

Alors que Paul Biya est absent depuis 57 jours, des nominations militaires controversées ravivent les craintes d'une succession ethnique...
- Advertisement -spot_img