Burundi: un nouveau Premier ministre nommé après des accusations de tentative de « coup d’État »

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Le lieutenant-général de police Gervais Ndirakobuca a prêté serment dans l’après-midi, quelques heures après avoir vu sa candidature, proposée par le chef de l’Etat, validée à l’unanimité par les deux chambres du Parlement.

Le nouveau chef du gouvernement remplace Alain Guillaume Bunyoni, moins d’une semaine après qu’Evariste Ndayishimiye a dénoncé devant des officiels ceux qui se croient « tout-puissants », qui auraient des velléités de « coup d’Etat » dans son entourage et passent leur temps « à saboter » son action.

M. Bunyoni était considéré, même avant sa nomination en tant que Premier ministre, comme le véritable numéro deux du régime depuis la crise politique de 2015 et le chef de file des « durs » parmi les généraux qui oeuvrent en coulisses du pouvoir.

Le nouveau Premier ministre, qui a été ces deux dernières années ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, est également un membre du premier cercle des généraux issus de l’ex-rébellion qui contrôlent aujourd’hui le pays.

Il dirigeait jusqu’en 2020 le très redouté Service national de renseignement (SNR), accusé d’être au cœur du système répressif burundais depuis le début de la crise.

Pendant la guerre civile burundaise qui a fait 300.000 morts entre 1993 et 2006, il a acquis son surnom « Ndakugarika », littéralement « Je vais t’étendre raide mort » en kirundi, la langue nationale.

Dans un décret, le chef de l’Etat a également nommé le colonel Aloys Sindayihebura, jusqu’ici en charge du Service national de renseignement, chef du cabinet civil à la place du général Gabriel Nizigama.

-« Blanc bonnet »-

Pacifique Nininahazwe, une des figures de la société civile en exil, a dénoncé sur Twitter la nomination de Gervais Ndirakobuca, considéré comme un « dur du système ».

« Bonnet blanc et blanc bonnet », a-t-il écrit après ce changement de Premier ministre.

Les Etats-Unis et l’Union européenne avaient instauré des sanctions contre le général Ndirakobuca et d’autres figures du régime après la brutale crise politique de 2015.

En novembre 2021, les Etats-Unis ont annoncé leur levée, saluant une embellie depuis l’élection d’Evariste Ndayishimiye. M. Ndirakobuca reste en revanche visé par des sanctions de l’UE.

La candidature en avril 2015 à un troisième mandat controversé du président Pierre Nkurunziza avait plongé le pays dans une crise politique majeure, qui a fait au moins 1.200 morts et poussé à l’exil quelque 400.000 Burundais. L’ancien président Nkurunziza est mort en juin 2020, officiellement d’une crise cardiaque.

Le pays est depuis tenu d’une main de fer par le régime, grâce aux Imbonerakure, la ligue de jeunesse du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, et au Service national du renseignement.

Si la communauté internationale a salué une certaine ouverture du pays depuis l’arrivée au pouvoir d’Evariste Ndayishimiye, une commission d’enquête de l’ONU affirmait en septembre 2021 que la situation des droits de l’homme restait « désastreuse » au Burundi.

Depuis son indépendance en 1962, le Burundi a été le théâtre de nombreux massacres et conflits entre les communautés Hutu et Tutsi, respectivement estimées à 85% et 14% de sa population.

Le Burundi, enclavé dans la région des Grands Lacs, est le pays le plus pauvre au monde en termes de PIB par habitant selon la Banque mondiale, qui estime que 75% de ses 12 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

SourceTV5 monde
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