Coupe du Monde : L’Afrique du Sud Rejetée par les Supporteurs Africains

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Pendant le match d’ouverture de cette Coupe du monde si politique, Mexique-Afrique du Sud, des supporteurs d’autres pays africains ont massivement exprimé leur soutien… à l’équipe d’Amérique latine, constate “Le Djely”. La faute, explique le média guinéen, aux démons de la xénophobie et du tribalisme qui ont gagné l’Afrique du Sud, théâtre de violences récentes contre des immigrés.

S’il est sans doute trop tôt pour faire même un premier bilan de l’Afrique à la Coupe du monde, des quatre sélections du continent qui ont déjà joué on peut déjà retenir quelques faits majeurs. Bien sûr, il y a la première victoire [1-0] que les Éléphants [ivoiriens] ont obtenue hier face à l’Équateur, qui contraste avec l’entame ratée de l’Afrique du Sud.

Entre les deux, la première demi-heure sublime dont les Lions de l’Atlas [l’équipe du Maroc] nous ont gratifiés face au Brésil, quintuple vainqueur de la compétition.

Mais nous retenons aussi et surtout cette vague de soutiens que de nombreux supporteurs africains ont paradoxalement témoignés à l’équipe mexicaine, au détriment des Bafana Bafana [l’équipe sud-africaine], lors du match d’ouverture de cette édition [jeudi 11 juin].

Des Africains qui supportent une équipe opposée à un autre pays africain, ce n’est pas tout à fait inédit. Mais jamais le phénomène n’avait atteint une telle ampleur que celle qui s’est manifestée aux dépens de la nation arc-en-ciel.

De fait, le ressentiment qu’ont exprimé les supporteurs africains sonne comme une réplique aux attaques xénophobes dont de nombreux ressortissants du continent sont victimes depuis plusieurs semaines en Afrique du Sud – des attaques d’autant plus incompréhensibles de la part d’un pays qui ne connaît que trop bien les douleurs résultant de la discrimination.

L’Afrique s’en prend à l’Afrique

Du fait des nombreuses restrictions et autres tracasseries auxquelles ils ont dû faire face, les Africains ne sont pas légion dans les gradins des stades de cette Coupe du monde. C’est donc davantage via les réseaux sociaux que la “vengeance” des supporteurs du continent s’est exprimée face à l’équipe sud-africaine.

Sur X, en particulier, on a assisté à une floraison de publications et de commentaires dont les auteurs affichaient ostensiblement leur solidarité envers l’équipe mexicaine – des publications desquelles émanait souvent une volonté assumée de choquer. Dans l’absolu, ce n’est pas que les uns et les autres soient fans d’El Tri, l’équipe mexicaine. On s’en servait tout juste pour envoyer un message à l’Afrique du Sud.

Parce qu’il faut bien le dire, ces scènes de violences anti-immigrés africains auxquelles on a assisté ces dernières semaines dans des villes sud-africaines telles que Durban, Johannesburg ou encore Le Cap sont insupportables aux yeux de bien des capitales du continent.

Que des ressortissants africains soient traqués sur le sol américain ou en Europe, cela passe encore – si tant est que cela soit acceptable. Mais qu’on s’en prenne à eux en Afrique même, au point de blesser certains d’entre eux ou de les menacer de mort, cela est un comble. Surtout si cela vient du pays de Nelson Mandela, qui connaît bien la discrimination, la ségrégation et le rejet, pour les avoir vécus dans sa chair.

Et justement, quand l’Afrique du Sud vivait sous le joug du régime inique de l’apartheid, ce sont précisément les pays dont certains des ressortissants sont aujourd’hui chassés qui s’étaient mobilisés pour éviter le pire. Voir aujourd’hui des Nigérians, des Ghanéens, des Malawites ou encore des Mozambicains – même en situation irrégulière – fuir ce pays ressemble bel et bien à de l’ingratitude.

Voilà la raison du ressentiment dont les Bafana Bafana ont fait les frais. Ce n’est peut-être pas juste pour une équipe de football qui n’y est pour rien. Mais, à certains égards, c’est un sentiment tout à fait compréhensible.

Irresponsabilité politique

Çà et là émergent des tentatives d’imputer ces violences xénophobes, présentées comme orchestrées par des milices autoproclamées aux relents nationalistes, à la crise économique, à travers ses manifestations que sont le chômage et les inégalités sociales.

Ces facteurs ne sont peut-être pas sans fondement, mais il s’y ajoute à coup sûr une forme d’irresponsabilité de la part d’acteurs politiques sud-africains manifestement dépourvus du sens de l’histoire. Des politiciens sans doute trop préoccupés par leur destin personnel et immédiat pour se soucier de la grandeur et du rayonnement d’un pays qu’on croyait plus habité par le désir de dépasser certaines fractures.

Encore que globalement, ces images qui nous parviennent des villes sud-africaines nous renvoient en tout cas à l’Afrique dans tous ses paradoxes : cette Afrique conspuée, piétinée et exploitée partout et par tout le monde, mais qui, au lieu de s’unir pour mieux y faire face, se complaît à cultiver ses divisions en micronations, en tribus et en ethnies, les unes plus réfractaires aux autres.

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