Thomas Sankara, le « Che africain » héros d’une jeunesse française

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Sankara serre le poing. La fresque de 33 mètres de haut domine la rue Hoche, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), au sud de Paris. Dans ce quartier tout en béton et en verticales, le nom de famille de l’ancien président du Burkina Faso, assassiné en 1987 lors d’un coup d’Etat, est inscrit en grandes lettres blanches sur l’œuvre peinte par l’artiste Vinci Vince. « C’est une manière de dire que Thomas Sankara n’est pas mort pour rien », explique Mehrez Mraidi, 44 ans, à l’origine de cet hommage.

Lunettes aux verres fumés et pull arborant le slogan « Art changes everything », le conseiller municipal communiste y tenait beaucoup. Car, sans l’ancien leader africain, il n’aurait jamais fait de politique, confie-t-il autour d’un café, à la terrasse d’une boulangerie.

Ce père de trois enfants raconte l’arrivée en France de son propre père, venu de Tunisie en 1965. Quand celui-ci meurt d’un cancer, Mehrez n’a que 10 ans. Il se souvient de sa mère, qui cumule trois boulots de femme de ménage pour survivre, de 5 heures du matin à tard le soir. Lui obtient un CAP cuisine mais travaille finalement dans la sécurité privée.

Au milieu des années 1990, à la Fête de L’Humanité, il découvre le destin tragique de Thomas Sankara. Un « choc » déterminant dans son engagement, dit-il. Depuis, Mehrez Mraidi essaie de « changer les choses » en s’impliquant dans l’association d’aide aux devoirs Kinkiliha créée par une enseignante d’Ivry-sur-Seine, en 2001, et qu’il préside bénévolement depuis huit ans.

L’Ivryen est fier de cette fresque, pour laquelle il a bataillé un an avant d’obtenir financements et autorisations. Elle a été inaugurée en octobre 2018, devant plus de 400 personnes, en présence d’Assa Traoré, la militante de la lutte contre les violences policières, et de représentants de l’ambassade du Burkina Faso.

Comme un aimant, l’œuvre attise les curiosités. Il n’est pas rare que des habitants du quartier viennent poser au gardien de l’immeuble des questions sur le Burkina Faso et son ancien président. Ou s’arrêtent simplement pour quelques selfies. « On voit aussi de plus en plus de monde venir d’autres quartiers rien que pour la fresque, se réjouit Mehrez Mraidi. Ou même d’autres villes. »

Mehrez Mraidi, 44 ans, conseiller municipal communiste d’Ivry-sur-Seine, a découvert le destin tragique de Thomas Sankara à la Fête de « L’Humanité » dans les années 1990. Ici à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 21 mars 2022.
Mehrez Mraidi, 44 ans, conseiller municipal communiste d’Ivry-sur-Seine, a découvert le destin tragique de Thomas Sankara à la Fête de « L’Humanité » dans les années 1990. Ici à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 21 mars 2022. MANUEL OBADIA-WILLS POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »
Le plus souvent en uniforme militaire et en béret, la figure de Thomas Sankara s’affiche sur les murs, mais aussi sur des vêtements, des affiches et à longueur de comptes Instagram. Le procès de son assassinat vient de se terminer à Ouagadougou, la capitale burkinabé.

Le 6 avril, Blaise Compaoré, président du Burkina Faso de 1987 à 2014, a été condamné par contumace à la prison à perpétuité, ainsi que deux autres hauts gradés de l’armée. Réfugié en Côte d’Ivoire, où il a obtenu la nationalité, Compaoré a la garantie de ne jamais être extradé.

Sourcele Monde
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