La Musique, Trait D’Union Entre La Corse Et L’Afrique À Soveria

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Les Griots burkinabés étaient les grands invités des journées corso-peules de ce week-end à Soveria. Un long voyage pour ces Griots, la famille Galabo, qui n’étaient jamais allés si loin de leurs terres, vite effacé par la richesse des rencontres qu’ils ont faites, autour de la musique, mais pas uniquement.

À leurs côtés, Adama Dicko, musicien peul vivant en Autriche, et celle qui est à l’origine de leur venue, Djeneba Tall-Parry, qui a assuré la traduction. Retour sur l’histoire d’une rencontre entre deux mondes.

Tout d’abord, comment s’est passé votre voyage ?
Famille Galabo : Cela a été très éprouvant. Pour certains d’entre nous, c’était la première fois que nous prenions l’avion et que nous faisions un si long voyage. Nous avons découvert beaucoup de choses auxquelles nous n’étions pas habitués. Il y a beaucoup de marches dans les transports en France, c’est fatigant. En plus, nous avons raté l’avion pour la Corse à Orly car les obligations administratives ont été très longues à l’autre aéroport, Charles-de-Gaulle, et nous n’avons pas pu arriver à temps. Mais l’accueil que nous avons reçu à Venaco nous a vite fait oublier ce périple.
Djeneba Tall-Parry : Ils sont arrivés le vendredi soir, ils ont fait les répétitions, et la soirée s’est prolongée tard. Le lendemain, je devais aller les récupérer à Venaco, mais j’étais en retard. Ils m’attendaient assis sur un mur, ils avaient froid. Ils ont dit aux gens qu’ils me connaissaient, et ils leur ont amené du café chaud, ils ont été très touchés.
Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en arrivant en Corse ?
Famille Galabo : Avant tout, l’accueil des villageois. Nous ne pensions pas que cela existait chez les blancs… Il y a eu le choc climatique aussi. Beaucoup de choses nous ont impressionnés, notamment la solidarité des gens, et la mobilisation autour de ces journées. Nous avons aussi été surpris par les maisons construites à flanc de montagne. Mais ce qui a été difficile, ce sont les routes. Nous ne sommes pas habitués, et pour l’un d’entre nous, le voyage en voiture sur ces routes a été très éprouvant. Mais globalement, tout était impressionnant, c’est une découverte pour nous, et nous sommes aussi contents de pouvoir montrer notre savoir-faire.
Justement, les Griots sont les gardiens de la tradition orale peule. Pouvez-vous nous expliquer votre rôle ?
Adama Dicko : Les Griots sont les gardiens de toute l’histoire de la communauté, à travers les régions et les pays, mais ils ont aussi la charge de garder les secrets. Par exemple, pour demander une femme en mariage, ce sont eux qui s’en chargent auprès de la famille. Ils ont aussi le rôle de médiateurs.
Que souhaitez-vous particulièrement partager lors de ces journées ?
A. D. : Nous voulons partager les valeurs qu’ont en commun tous les Griots du monde. Les journalistes sont un peu les Griots modernes, ils ont l’information et la diffusent, ils peuvent le faire de différente manière, et cela peut influencer le public. D’une certaine façon, ils dirigent tout le monde. Comme les Griots, on les écoute car on doit croire tout ce qu’ils disent. J’ai grandi en plein Sahel, les Griots ont toujours fait partie de ma vie, ils sont présents aux baptêmes et aux mariages, ils gagnent leur vie comme ça. Les nobles ont le devoir de s’occuper des Griots, de faire en sorte qu’ils vivent de leur art.
À quand remonte cette tradition ?
A. D. : Je pense qu’elle a toujours existé. Elle est née avec nos sociétés. Elles sont composées de différentes castes. Les guerriers, les soldats, ceux en charge de l’administration, les nobles, les forgerons et les Griots. Les Griots sont une couche sociale au service des nobles, qui doivent quant à eux les protéger.
On pourrait faire le parallèle avec les pages au Moyen Âge, mais à leur différence, les Griots ont un statut à part, c’est bien cela ?
A. D. : Oui, on ne doit pas porter atteinte aux Griots. Quand il y a une guerre, les Griots sont comme les journalistes, ils sont protégés car ils sont là pour informer. Les Griots sont sacrés, on ne doit pas leur faire du mal, c’est une question de respect des traditions.
Qu’avez-vous trouvé de commun entre le peuple corse et le peuple peul ?
A. D. : Ce que j’ai vu de commun, ce sont notamment les bergers, avec des chèvres ou des vaches, une manière de vivre dans la brousse, ici dans le maquis, en étant assez éloigné du monde. Comme le Peul, le berger corse ne doit pas avoir peur de la nuit. Ensuite, il y a évidemment la musique qui incarne un nationalisme positif, celui qui raconte une histoire. Pour les Corses comme pour les Peuls, quand on entend leur musique, on l’identifie clairement, on sait que cela vient de Corse et pas d’ailleurs. Il y a aussi une certaine fierté, un honneur de faire partie de sa communauté. Comme les Corses sont corses avant d’être français, les Peuls sont peuls avant d’être burkinabés, ou de tout autre État où se trouvent les membres de notre communauté, car nous sommes plus de 40 millions dans le Sahel.
Les Griots sont menacés au Sahel, notamment par les djihadistes qui interdisent toute manifestation heureuse. Avez-vous peur qu’ils disparaissent ?
A. D. : Non, car nous sommes plusieurs millions, et je sais qu’il y aura toujours des gens pour faire en sorte qu’eux et leur mémoire ne disparaissent pas.
Comment concluriez-vous ces journées ?
A. D. : Je tiens vraiment à remercier tout le monde. Les journalistes, et tous les Corses ouverts aux autres cultures. L’association Fina Tawa et Mandeo aussi, car c’est grâce à eux que cela a été possible.
Il faut continuer, car comme cela nous pourrons former un monde meilleur.

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